Rennes, France
June 21, 2006La Jaunisse
Nanisante de l’Orge est une des maladies les plus sévères à
l’automne pour les céréales à pailles (orge, blé, avoine). Elle
est provoquée par un virus transmis par des pucerons. Jusqu’à
présent, faute d’outil fiable de prévision des risques de dégâts
à l'échelle du champ, seul un traitement insecticide
systématique permettait de lutter contre la maladie. Les
chercheurs de l’INRA, en
collaboration avec Bayer CropScience France, ont mis au point un
Outil d’Aide à la Décision (OAD) permettant de réduire
potentiellement de moitié le nombre de traitements insecticides
employés sur les cultures d'orge, ce qui est à la fois moins
coûteux et plus respectueux de l'environnement.
En France, 90% des cultures d’orge
et 50% des cultures de blé reçoivent à l’automne un traitement
insecticide (foliaire ou en enrobage de semences) contre les
pucerons vecteurs de la Jaunisse Nanisante de l’Orge (JNO). Or
les contraintes à la fois économiques et environnementales
impliquent une utilisation optimisée des traitements
phytosanitaires en agriculture. Depuis 1999, un partenariat
entre les chercheurs de l’INRA de Rennes et la société
Bayer CropScience
a permis de développer un Outil d’Aide à la Décision (OAD),
destiné à raisonner les traitements insecticides contre les
pucerons vecteurs de la JNO.
Un virus transmis par des pucerons
La JNO est causée par un complexe
d’espèces virales transmis par les pucerons sur le mode
persistant : les virus qui circulent dans la sève de la plante
malade sont ingérés par les pucerons, stockés dans les glandes
salivaires puis transmis à une autre plante lors de piqûres
alimentaires ultérieures. Des études précises sur l’infectivité
des pucerons et le mode d’inoculation des virus aux cultures ont
aidé à la mise au point de l’OAD. Ainsi, les chercheurs ont
montré qu’à l’automne, des pucerons ailés, majoritairement de
l’espèce Rhopalosiphum padi, colonisent les jeunes semis de
céréales. Certains d’entre eux sont virulifères et introduisent
des virus dans la parcelle : c’est la phase d'inoculation
primaire. Puis la phase de contamination secondaire prend le
relais : elle correspond à la dissémination du virus de plante à
plante dans la parcelle en fonction de la dynamique des
populations de pucerons se développant sur place. L’application
d’insecticides en traitement de semences ou en traitement
foliaire permet de maîtriser précocement les populations de
pucerons et donc de contrôler la JNO. Toutefois la nature
sporadique des épidémies de cette maladie ne justifie pas de
recourir systématiquement à ces traitements.
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La JNO se caractérise par le
nanisme des plants infestés et la coloration des
feuilles allant du jaune au rouge. Ces signes sont
observables au printemps sur les parcelles d’orge
non protégées à l’automne contre la JNO.
© INRA /F.
Fabre
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Eviter les traitements
inutiles
Le système mis au point est un
logiciel basé d’une part sur la simulation du risque d’infection
d’un champ de céréale par les pucerons à l’automne, et d’autre
part sur la simulation des pertes de rendement en cas d’absence
de traitement. Il permet ainsi d’estimer l’intérêt économique
d’un traitement insecticide foliaire contre les pucerons.
Les chercheurs ont utilisé un modèle mathématique simple,
permettant de simuler la dynamique des populations de pucerons à
l'échelle du champ au cours de l’automne en fonction des
températures moyennes régionales. Le modèle utilise pour cela
des bases de données météorologiques journalières et nécessite,
de la part de l’utilisateur, une estimation initiale du
pourcentage de plantes infestées par les pucerons au stade une
ou deux feuilles de la céréale. L’une des originalités de ce
modèle réside dans la prise en compte spécifique de plusieurs
paramètres d’incertitude, afin de prédire les probabilités du
risque d’infection par les pucerons. Le système intègre
également les résultats d’une analyse coût bénéfice pour prendre
en compte les aspects économiques de la gestion des traitements.
L'ensemble forme un outil estimant la probabilité qu'un
traitement insecticide soit rentable ou non, dans une parcelle
d'orge ou de blé. Sa sensibilité (proportion de bonnes décisions
de traiter) est excellente (0.97) et sa spécificité (proportion
de bonnes décisions de ne pas traiter), bien qu'imparfaite
(0.44), permet de réduire le nombre de traitements par rapport à
une stratégie de traitement systématique. Outre ce gain, l'Outil
d’Aide à la Décision développé permet aux agriculteurs de
diminuer le coût moyen de gestion de la maladie de 5 € par an et
par hectare.
Depuis fin 2004, cet outil proposé par Bayer Crop Science est
mis à disposition de ses clients distributeurs sous le nom
Aphi.net®.
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Le puceron R. padi est le principal vecteur des
virus de la JNO à l’automne sur les céréales à
paille.
© INRA /B. Chaubet. |
Les perspectives à plus long
terme
Ces travaux sont poursuivis afin
d’améliorer la spécificité de l’OAD, car un potentiel important
de réduction des traitements existe encore. En particulier, il
s’agit de prendre en compte la variabilité du pouvoir virulifère
des pucerons à différentes échelles spatiales pertinentes dans
l'épidémiologie de la maladie. A l'échelle régionale, l'analyse
des pucerons capturés à l'automne et de leur contenu viral
permettra une estimation globale des variations spatio
temporelles de l'abondance et du pouvoir virulifère des insectes
vecteurs de la JNO. Plus globalement, de nouvelles variables
seront étudiées puis introduites dans l’OAD pour caractériser
les réservoirs de virus et de pucerons dans l'environnement de
la parcelle et le transfert effectif des virus aux cultures.
Le modèle développé jusqu’ici est issu essentiellement de
résultats obtenus sur l’orge, donc utilisable préférentiellement
sur cette culture. Son adaptation au blé est en cours. |