Évry, France
July 8, 2004
Une équipe du Service de Génomique
Fonctionnelle du CEA, installé à Évry sur le campus de
Genopole, vient de publier
le premier article européen portant sur les « puces à cellules
», des dispositifs miniaturisés qui devraient rapidement
s’affirmer comme des outils incontournables pour déterminer les
fonctions encore inconnues de nombreux gènes.
Depuis le séquençage complet du
génome humain, on estime à environ 30 000 le nombre de gènes
présents chez l’homme. Mais on ignore encore les fonctions de
près de 85% d’entre eux. Les scientifiques sont donc confrontés
à un nouveau défi particulièrement complexe et le vaste chantier
qui s’annonce nécessite aujourd’hui l’élaboration d’outils
originaux pour identifier la fonction inconnue des gènes.
Le Service de Génomique
Fonctionnelle du CEA d’Évry, dirigé par Xavier Gidrol, est
aujourd’hui l’un des rares laboratoires mondiaux à posséder une
réelle expertise en matière de puces à cellules. Les
scientifiques évryens viennent en effet de publier le premier
article européen sur le sujet dans la revue Nucleic Acids
Research*. « Dans la littérature internationale on ne trouvait
que trois publications - deux américaines et une japonaise -
portant sur le sujet, explique Yoann Roupioz, chercheur au
Service de Génomique Fonctionnelle et coauteur de l’article.
Nous avons pour notre part cherché à imaginer des solutions pour
accroître l’efficacité et la fiabilité des dispositifs déjà
décrits. »
Les puces à cellules mises au
point par l’équipe d’Évry sont des lames de verre de quelques
centimètres carrés portant à leur surface plusieurs milliers de
dépôts organisés d'acides nucléiques. Chacun de ces dépôts
contient soit une copie ADN du gène étudié soit un fragment
d'ARN dit « interférent » car permettant d'empêcher l’expression
du gène associé. L’ensemble est recouvert d’un tapis de
cellules. Ces acides nucléiques peuvent alors pénétrer dans la
cellule et permettre soit la synthèse de la protéine de fonction
inconnue (copie ADN du gène) soit d'inhiber la synthèse de cette
protéine (ARN interférent). Leur effet peut alors être révélé
par un anticorps fluorescent spécifique d’un mécanisme
cellulaire (réparation de l’ADN, apoptose (mort cellulaire
programmée), division cellulaire…). « Il suffit de mesurer le
taux de la fluorescence pour savoir si le gène est impliqué dans
un de ces mécanismes, explique le chercheur. Et sur une même
puce on peut travailler en parallèle sur un très grand nombre de
gènes. »
« En partenariat avec la société
d'imagerie cellulaire Imstar, nous avons développé un système
d’analyse des puces. Constitué d’une platine motorisée et d’une
caméra numérique pilotées par un logiciel informatique, ce
dispositif a permis d’automatiser la lecture des puces. Au
final, notre travail a contribué à augmenter de façon importante
la fiabilité des mesures effectuées grâce aux puces à cellules,»
poursuit Yoann Roupioz.
Simples à fabriquer et à utiliser,
efficaces et peu coûteuses, les puces à cellules proposées par
l’équipe d’Évry pourraient rapidement s’imposer comme un format
utilisable par l’ensemble de la communauté scientifique.
Certains points sont encore en développement mais le laboratoire
envisage déjà d’entamer un criblage en partenariat avec un
laboratoire strasbourgeois. Bien que le dispositif soit encore
expérimental et pour l’instant réservé à la recherche, à long
terme des applications médicales sont envisageables. « Ce
nouveau concept de puces s’inscrit dans l’évolution de la
technologie des puces à ADN et de la biologie à grande échelle.
En outre, la souplesse de ce format ouvre des perspectives quant
à son utilisation en médecine et en pharmacologie comme par
exemple l’identification de récepteurs viraux ou de protéines
cibles des médicaments. » conclut Xavier Gidrol.
*Nucleic Acids Research, 2004,
vol.32, No. 9 e77 |