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Un nouveau mécanisme symbiotique plante-bactérie prometteur pour l’agronomie
A promising new plant-bacterial symbiotic mechanism

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Paris, France
July 2, 2007

Source: Institut de Recherche pour le Développement, Paris (IRD)
Original: http://www.ird.fr/fr/actualites/fiches/2007/fas269.pdf

La croissance de la plupart des végétaux dépend de la présence, dans le sol, d’azote en quantité suffi sante. Cependant une famille de végétaux, les légumineuses, s’affranchit partiellement de cette contrainte en s’associant à des bactéries du sol du genre rhizobium, capables de capter l’azote présent dans l’air. Quand ces bactéries entrent en contact avec leur hôte végétal, elles provoquent au niveau des racines l’apparition de nodules au sein desquels elles se réfugient. Cette relation étroite appelée symbiose bénéfi cie aux deux organismes : la plante fournit des éléments nutritifs à la bactérie qui lui restitue en retour l’azote qu’elle a emmagasiné. Ces interactions améliorent les rendements agricoles des légumineuses qui occupent une place centrale dans l’alimentation humaine (soja, pois, arachides…) et animale (luzerne, trèfl e, sainfoin). De plus, la culture de légumineuses associées aux bactéries participe aux opérations de revégétalisation des sols appauvris en azote par exploitation, érosion, désertifi cation…Le couvert végétal ainsi formé permet une restauration écologique, enrichissant les sols en azote. Toutefois, les processus symbiotiques étudiés concernent surtout les légumineuses des zones tempérées, et peu celles des zones tropicales. L’équipe du Laboratoire des Symbioses Tropicales et éditerranéennes et ses partenaires (1), prenant pour modèle une symbiose entre une légumineuse aquatique tropicale, l’Aeschynomene, et Bradyrhizobium, une bactérie de la famille des rhizobiums,viennent de mettre en évidence un nouveau mode de communication à l’échelle moléculaire entre ces deux organismes. La bactérie de ce modèle original possède sa propre voie de photosynthèse, propriété unique chez les rhizobiums (2). Ce caractère particulier lui confère la capacité exceptionnelle et rare de former des nodules sur les tiges de sa plantehôte. Celle-ci acquiert ainsi la possibilité de fi xer des quantités d’azote bien supérieures à celles mesurées habituellement chez les légumineuses qui ne possèdent des nodules que sur leurs racines.

Les chercheurs ont séquencé (3) le génome de deux souches bactériennes de Bradyrhizobium, ORS278 et BTAi1, afi n de connaître leur patrimoine génétique et d’identifi er les gènes impliqués dans cette symbiose particulière. Ils ont ainsi découvert que ces bactéries sont dépourvues des gènes nod, indispensables à la formation des nodules. Bradyrhizobium utiliserait par conséquent des mécanismes faisant intervenir d’autres gènes. Ces résultats surprennent d’autant plus qu’ils remettent en question le modèle universellement reconnu de dialogue moléculaire provoquant la symbiose rhizobiums/ légumineuses. Ce modèle commun exige la présence de plusieurs gènes nod permettant la synthèse d’un facteur Nod. Ce dernier est une molécule fabriquée par la bactérie qui lui permet d’être reconnue par la plante et de pouvoir rentrer à l’intérieur au niveau de poils sur les racines. Sans cette molécule signal, il ne peut y avoir de nodules conduisant à la symbiose. Quelle voie de signalisation utilise alors Bradyrhizodium pour s’introduire dans la plante et induire la nodulation ?

Les chercheurs ont tout d’abord constaté que la bactérie pénètre dans les racines de sa plante-hôte non pas par les poils mais en utilisant des « zones de crack » que l’on peut comparer à des zones de blessures. Ils ont ensuite tenté d’identifi er les gènes impliqués dans la fabrication de la molécule signal inconnue, jouant le rôle du facteur Nod.

A la lumière de l’ensemble des résultats obtenus, ils ont émis l’hypothèse qu’une molécule proche d’une hormone végétale (4), la cytokinine, pourrait intervenir dans les mécanismes déclenchant la nodulation. La découverte de la nature de la molécule signal elle-même, qui reste encore à déterminer, laisse entrevoir de futures applications agronomiques. En effet, de nombreux végétaux vivent en symbiose avec des bactéries, mais seul le fonctionnement d’un petit nombre de ces interactions est connu. La mise en évidence, chez certains rhizobiums, de voies alternatives capables de déclencher le signal de nodulation donne l’espoir d’associer ces bactéries à des plantes différentes des légumineuses. Il deviendrait alors envisageable d’accroître la production agricole d’un nombre plus important de plantes, notamment dans les pays tropicaux, en limitant l’utilisation d’engrais.

(1) Ces recherches ont été conduites au Laboratoire des Symbioses Tropicales et Méditerranéennes, UMR 113 (IRD, CIRAD, AGRO-M, INRA, Université Montpellier 2), avec la collaboration du Génoscope d’Evry, du CEA, du DOE Joint Genome Institut, de l’Université du Minnesota et de l’Université du Missouri.
(2) Voir fi che n°154 accessible à
www.ird.fr/actualites/fi ches/2002/fiche154.htm  
(3) séquençage : méthode de biologie moléculaire permettant de connaître toutes les séquences d’ADN d’un organisme, et
donc ses gènes.
(4) les hormones végétales jouent un rôle de communication au sein de la plante Rédaction
– IRD : Stéphane Sapolin


A promising new plant-bacterial symbiotic mechanism

The growth of most plants depends on the presence of sufficient amounts of nitrogen contained in the soil.

However, a family of plants, the legumes, is partially free of this constraint thanks to its ability to live in association with soil bacteria of the Rhizobium, genus, capable of fixing nitrogen from the air. When these bacteria come into contact with their host plant, they trigger in the roots the formation and development of organs, termed nodules, where they continue to live. This close relationship is symbiosis, which benefits both organisms involved: the plant supplies nutritive elements to the bacteria which in return pass on the nitrogen they have stored up.

These interactions improve crop yields of leguminous plants that are crucial for human diet (soybean, peas, ground nuts and so on…) and as animal feed (alfalfa, clover, sainfoin). In addition, cultivation of legumes living in symbiotic association with bacteria can contribute to vegetation regeneration schemes on soils depleted in nitrogen owing to overexploitation, erosion or desertification. The plant cover thus formed can help achieve ecological restoration, by enriching the soils in nitrogen. However, the symbiotic processes studied predominantly concern the leguminous plants of temperate zones, very little those of the tropics.

The team from the IRD’s ‘Laboratoire des Symbioses Tropicales et Méditerranéennes’ and its partners (1), taking as model a symbiosis between a tropical aquatic legume, Aeschynomene, and Bradyrhizobium, bacteria of the Rhizobia family, have just revealed a new mode of communication at molecular level between these two organisms. The bacteria of this original model have their own photosynthetic pathway, a unique property in the rhizobia (2). This special character confers on it the exceptional, rare ability to form nodules on the stems of its host-plant. The plant thus acquires the possibility of fixing much higher quantities of nitrogen than those usually measured in leguminous plants which have nodules only on their roots.

The researchers sequenced (3) the genes of two bacterial strains of Bradyrhizobium, ORS278 and BTAi1, in order to find out their genetic make-up and identify the genes involved in this rather special form of symbiosis. These bacteria were found to have no nod genes, usually essential for nodulation. Bradyrhizobium consequently appeared to use mechanisms that involved other genes. This surprising result calls into question the universally recognized model of molecular communication that initiates the rhizobia-legume symbiosis. This common model requires the presence of several nod genes which allow synthesis of the Nod factor, a compound elaborated by the bacterium which enables the plant to recognize it, by molecular recognition, thereby allowing the microorganism to penetrate inside the plant by the root hairs. The finding raises the question as to what signalling pathway Bradyrhizodium might use to gain entry to the plant and set off nodulation.

The first observation was that the bacteria did not penetrate the roots of its host-plant by the hairs. It took advantage of “crack zones” comparable with wound areas. The set of results obtained from subsequent work, seeking to identify the genes involved in producing the unknown signal molecule that plays the role of Nod factor, prompted the team’s hypothesis that a molecule similar to a plant hormone (4), cytokinin, could act in the mechanisms by triggering nodulation. The discovery of the nature of the signal molecule itself, which remains to be fully determined, brings a glimpse of future agricultural applications.

Many plants live in symbiosis with bacteria, but the mechanisms are known for only a small number of these interactions. The demonstration of alternative pathways capable of triggering the nodulation signal in certain rhizobia is promising for future techniques for bringing these bacteria into association with different leguminous plants. It therefore becomes possible to increase agricultural production of a greater number of important plants, notably in tropical countries, while cutting down the use of fertilizers.

(1) This research was conducted in the ‘Laboratoire des Symbioses Tropicales et Méditerranéennes’, mixed research unit UMR 113 (IRD, CIRAD, AGRO-M, INRA, University of Montpellier 2), with the participation of the Genoscope at Evry, the CEA, the DOE Joint Genome Institute, the University of Minnesota and the University of Missouri.
(2) See scientific bulletin n°154 accessible on www.ird.fr/fr/actualites/fiches/2002/fiche154.htm 
(3) sequencing: molecular biology method that can identify all the DNA sequences of an organism and therefore its genes.
(4) plant hormones play a role in communication within a plant.

 

 

 

 

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